Pays-Bas :: Arrestation brutale de José Maria Sison

Le dirigeant populaire philippin accusé à tort de meurtre
Le révolutionnaire philippin José Maria « Joma » Sison a été incarcéré aux Pays-Bas pour meurtre. La vraie raison : Manille et Washington veulent faire taire Sison et mater le mouvement populaire aux Philippines.

05-09-2007

Source: Solidaire(...)

Action aux Philippines après l'arrestation de J.M. Sison.

Action aux Philippines après l'arrestation de J.M. Sison. (Photo : www.arkibongbayan.org)

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Imaginez : la police vous convoque parce qu’il y a de nouveaux développements en rapport avec une plainte que vous avez vous-même introduite naguère. Vous préparez soigneusement votre dossier, emmenez un avocat et, à l’heure convenue, vous vous rendez au bureau de police. C’est ce qu’a fait José Maria Sison (68), réfugié politique aux Pays-Bas, le mardi 28 août. La prochaine fois, il y regardera à deux fois. En effet, à peine entré, on lui passait les menottes. Plus grave encore, au même moment, des dizaines de flics forçaient la porte de son appartement. « Je dois remonter à la répression du dictateur Marcos pour me souvenir d’une telle façon d’agir », a expliqué Julie, l’épouse de Sison.

Qui est cet homme pour qui la police hollandaise sort les grands moyens ? Fin des années 60, Sison a participé à la fondation du Parti communiste philippin (PCP) et de la guérilla apparentée, la Nouvelle Armée populaire (NPA). Sous le dictateur Marcos, il a passé presque 9 ans à l’ombre comme prisonnier politique. Il y a vingt ans, il a demandé l’asile politique aux Pays-Bas.

Vendredi 31 août, le juge d’instruction a décidé que Sison resterait incarcéré quinze jours encore au moins, sous régime sévère. Même sa femme n’a pu lui rendre visite. Son avocat, Michiel Pestman, dit toutefois que les preuves avancées « ne représentent rien ».

Réépressionaux Philipinnes

Les organisations populaires des Philippines ont vivement protesté contre l'arrestation de J.M. Sison. (Photo : www. arkibongbayan.org)

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La présidente philippine, Gloria Arroyo, n’a pas caché son soulagement, pas plus que l’ambassadrice des USA à Manille. Elles ont estimé que l’arrestation de Sison était une étape de plus dans la « lutte contre le terrorisme ». Une lutte qui, depuis l’accession au pouvoir d’Arroyo, en 2001, a déjà coûté la vie à plus de 900 dirigeants et militants des organisations populaires.

Ces organisations populaires ont vivement protesté contre l’arrestation de Sison. Selon Elmer Labog, le président du syndicat KMU, il s’agit d’une intimidation contre l’ensemble de l’opposition progressiste. Et d’ajouter que c’est « le coup de grâce contre le processus de paix entre le gouvernement et la guérilla ». En effet, Sison est le principal conseiller du FDN, l’alliance des organisations révolutionnaires qui négocient la paix avec le gouvernement philippin.

Wim De Ceukelaire

L’auteur est membre des Groupes Philippines Belgique

Criminel, terroriste ou ni l’un ni l’autre ?

Officiellement, Sison est accusé d’incitation au meurtre. Il aurait donné l’ordre, à partir des Pays-Bas, d’assassiner deux hommes aux Philippines. Aux Philippines mêmes, Sison a déjà été accusé de toutes sortes de crimes, mais jamais condamné. En juillet, la Haute Cour de justice philippine a même déclaré nulles et non avenues toute une série d’accusations – dont ces deux meurtres – contre lui et cinquante autres personnes. « Manifestement d’inspiration politique », ont estimé les juges philippins. Une semaine plus tard, à Luxembourg, la Cour européenne de première instance a rendu un jugement tout aussi remarquable : depuis des années, Sison figurait à tort sur la « liste européenne des terroristes ». Maître Jan Fermon : « Nulle part en Europe, il n’y a jamais eu la moindre plainte contre l’homme. La Cour de Luxembourg s’est donc demandé à juste titre comment on pouvait qualifier un tel homme de terroriste. » Quelques semaines plus tard, voilà cette arrestation et cette affaire pénale. Un hasard ?

Soutien pour Sison

À Hongkong, en Australie, aux USA, aux Pays-Bas, aux Philippines et en de nombreux autres endroits, des Philippins et des militants des droits de l’homme sont descendus en rue pour dénoncer l’arrestation de Sison. Pour la Belgique, contactez defendsison@gmail.com.

Vous pouvez également consulter les sites (en anglais) www.defendsison.be, www.josemariasison.org et www.philippinerevolution.net.

Tout soutien financier pour les frais du procès de Sison est également le bienvenu, sur le compte n° 001-3831552-31 du Fonds Sison. Merci !

PTB : « Il s’agit d’une affaire politique »

Dans une déclaration commune, le Parti du Travail de Belgique (PTB) et le Nouveau Parti communiste des Pays-Bas (NCPN) ont condamné l’arrestation de Sison : « Son procès repose sur de fausses accusations. Les vraies raisons sont de nature politique. Voilà longtemps déjà que les USA et le gouvernement philippin essaient de le réduire au silence. »

Plus d’infos sur : www.ptb.be et www.wpb.be